Le Starkbierfest au Nockherberg

Starkbierfest Paulaner am Nockherberg

Les allemands aiment tellement la bière qu’ils se sont inventés une cinquième saison spécialement dédiée à celle-ci.

Le Starkbierzeit, la saison de la bière forte, est une période festive de trois semaines en plein mois de mars où l’alcool coule à flot! Intimement lié au calendrier catholique, il s’agit en quelque sorte d’un Mardis Gras allemand, et ses origines remontent au 17e siècle.

Paulaner Salvator Bottle

Remercions donc les moines Paulaner, nommés ainsi en l’honneur de l’italien Saint Francis de Paula, qui afin de passer au travers du Carême, brassèrent une bière forte à haute teneur en malt, la Salvator (le sauveur). Littéralement un pain liquide (Flüssiges Brot), chaque litre de cette bière contient 183 grammes de malt, ce qui donne environ 710 calories. À titre comparatif, un Big Mac en contient 550!

D’abord réservée à leur consommation personnelle, la Salvator fini au fil des ans par se frayer un chemin à travers la population bavaroise de façon plus ou moins légale. La permission officielle d’en distribuer au public n’étant obtenu qu’en 1780. Plusieurs brasseries emboîteront le pas et créeront leur propre version de cette doppelbock, toujours avec des noms finissant en “ator”. Quelques exemples notoires étant la Celebrator d’Ayinger, la Trimphator de Löwenbräu et la Maximator d’Augustiner.

Né de cette tradition, le Starkbierfest (festival de la bière forte) se déroule environ deux semaines après le Mercredi des Cendres et dure généralement 17 jours. Durant cette période, la plupart des “bräuhaus” de München (Munich en allemand) organisent des soirées fastes où nourriture, alcool et musique abondent, la doppelbock étant bien sûr à l’honneur. Évidemment, l’endroit le plus traditionnel (et le plus accouru) de tous est le Paulaner am Nockherberg.

On arrive chez Paulaner

Si je n’avais qu’un conseil à vous donner concernant le Starkbierfest, ce serait celui-ci : réservez tôt! Ce festival est possiblement le secret le mieux gardé d’Allemagne, mais les places partent quand même comme des petits pains chauds.

À ce sujet, j’ajouterai que de faire une réservation est particulièrement compliqué, peu importe l’endroit. Les-dites réservations se font pour la plupart en ligne, en remplissant un pdf en allemand, et sont pour des groupes de 10 personnes seulement. Nous avons donc été chanceux, car nul part il est indiqué qu’il existe finalement une section “sans réservation”, à condition d’arriver tôt. J’en profite d’ailleurs pour remercier l’administration de la page facebook de Paulaner pour leurs réponses rapides et grandement utiles.

Dernière destination d’un périple à travers trois villes, München s’avérait déjà être terriblement efficace à nous rendre complètement saoul en l’espace de quelques heures. Le premier soir fût spécialement ravageur, une soirée qui pour ma part débuta en force avec une Eisbock de Schneider Weisse… rien de moins. Quelques heures plus tard, nous chantions en allemand dans les rues de la ville, essayant tant bien que mal de retrouver le chemin vers notre hostel.

Devant cette perspective, vous pouvez probablement imaginer nos attentes envers un festival de la bière forte, alors que déjà, la bière locale normale ne donne pas sa place!

Starkbierfest Paulaner Grand Hall

Premier constat en arrivant sur les lieux : les allemandes en vêtements traditionnels bavarois sont franchement sexy! Car effectivement, la majorité des festivaliers se présentent en tenue traditionnelle, ce qui rend l’expérience encore plus unique.

Sexy Bavaroises

Les hommes ne sont d’ailleurs pas en reste, et n’eut été des prix faramineux d’un kit complet, nous aurions probablement eu le notre aussi. Nous nous somme tout de même chacun achetés une chemise bavaroise, question de ne pas faire trop touriste.

Étant arrivés tôt, nous avons pu librement visiter l’endroit et constater a quel point c’est vaste. Des tables et des tables (style table à pic-nic géante pour 10 personnes) emplissent la salle, dans l’attente de centaines de buveurs qui bientôt danseront à même les bancs sur une musique traditionnelle bavaroise extrêmement entraînante. Évidemment toutes les tables sont déjà réservées, et nous revenons dans la section sans réservation auquel nous donnent accès les billets que nous venons d’acheter. Fait à noter, les billets sont très abordables, environ une quinzaine de dollars, et nous donnent même droit a une première bière gratuite.

Une bière gratuite qui ne se fera pas attendre longuement… raison même de notre présence à Munich, l’envie de finalement goûter à ce breuvage mythique était à son comble! La réputation des doppelbocks allemandes n’étant plus à faire, nos attentes étaient plutôt élevées, et malgré ce fait, de dire que nous avons été impressionnés serait pratiquement un euphémisme.

Telle une femme parée de ses plus beaux atours, la Salvator nous charme de sa robe ambrée et ses relents fruités de malt et de caramel. Une bière très goûteuse, riche et ronde en bouche, les saveurs maltées et caramelisées dominent, rehaussées ici et là par des notes d’alcool bien dosées. Même en connaissance du taux d’alcool, qui environne les 8%, ça descend beaucoup trop bien. La soirée risque d’être des plus agréables!

Starkbierfest Paulaner Keferloher

Un détail particulièrement intéressant à spécifier ici est qu’en bavière, vous pouvez oublier la pinte. Le format standard d’un verre de bière est le Maß (prononcé “mass”), terme désignant un pichet d’un litre. La version utilisée par Paulaner est le “Keferloher”, une chope en céramique des plus sexy (j’ai d’ailleurs miraculeusement réussi à en ramener une au Québec). Il était impressionnant de voir circuler les serveurs, qui trimballent sans difficultés apparentes plus de 10 chopes par services.

Parlant du service, ce fût impeccable. Notre serveur était des plus courtois, très drôle, et nous n’avons jamais eus à attendre bien longtemps avant d’être servis. Un menu impressionnant de spécialités gastronomiques locales était à notre disposition et malgré le fait qu’on n’y comprenait rien, notre choix s’est avéré succulent.

Starkbierfest Paulaner Food

Pâtés, fromages, marinades et divers hors d’oeuvres accompagnaient parfaitement la bière. C’était divin et copieux à souhait.

Le fait d’être dans la section non réservée de l’endroit, les discussions étaient des plus intéressantes avec des gens de partout à travers le monde. Partageant nourriture et anecdotes, notre table accueillie au fil de la soirée une multitude de gens avec qui nous avons eus énormément de plaisirs.

Un peu plus tard, un heureux concours de circonstance nous permis de nous faufiler dans la salle principale et de nous attabler avec des allemands en apparence très pompettes. Et c’est à ce moment qu’on réalise l’ampleur des festivités. L’orchestre donne le rythme alors que partout les gens dansent, chantent, rient et lèvent leurs chopes. Il est difficile de décrire adéquatement l’ambiance des lieux, alors je vous offre de le constater par vous même dans ce court vidéo filmé sur place (vous pardonnerez la qualité, j’étais un peu chancelant).

Je ne connais pas les standards d’endurance de l’allemand moyen, mais à la fin de la soirée, j’avais bu trois maß et demi sans trop de dégâts. Le chemin du retour vers l’auberge allait être très long, mais j’y retournais le sourire béant. Avec en tête le souvenir d’une des soirées les plus endiablées qu’il m’ait été donné de vivre.

Starkbierfest Paulaner Mat

Starkbierfest Paulaner Frank

Les allemands aiment la bière, et moi, depuis cette soirée, je comprends exactement pourquoi!

Prost!



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